Le courrier du genou
Etienne GAGNÉ, 16 ans, Boucherville - J'ai une question de la plus haute importance, quand vous écrivez vos textes comptez-vous le nombre de lïgnes par paragraphe ? Moi, si je ne les compte pas, je perds des points dans mes compos. Plus de 15 lignes c'est trop ça'a d'l'air... pour les idées qui sont dans le texte, on perd des points ou on en gagne selon que c'est les mêmes ou pas les mêmes que celles du prof. Vous, M. Foglia, êtes-vous plus payé si votre texte reflète les pensées de votre boss ?
Réponse: Pour les paragraphes, la règle est que tu dois changer de paragraphe quand tu changes d'idée.
Mais la même règle ne s'applique pas pour les boss. Quand bien même tu changerais de boss ils ont tous la même idée. C'est pour ça que ça fait 30 ans que je travaille à La Presse.
Lise MORISSETTE, institutrice, Gatineau - À propos des enfants qu'on nourrit à l'école, il y a quelques années j'enseignais dans un milieu défavorisé, le curé a pris sur lui d'offrir le déjeuner aux enfants pauvres, mais il a dû abandonner la pratique parce que les mères de « classe moyenne » disaient à leurs enfants d'aller déjeuner avec leurs amis. On devait choisir, toi t'es un vrai pauvre tu peux manger, toi non, ta mère a de l'argent...
J'ai changé d'école. Je me suis retrouvée dans un milieu encore plus défavorisé. Les petits bouts de chou me disaient en pleine classe: « Lise, j'ai faim ! » Ils étaient adorables. Un jour je m'approche d'un petit pit qui mâchait de la gomme, c'était interdit, je lui dis: « Est-ce que tu as de la gomme dans ta bouche ? » il m'a répondu: « Oui Lise, mais je peux pas te la donner parce que c'est ma dernière. »
Une enseignante en congé maladie - (La lettre est publiée dans la revue suisse Éducateur Magazine, le numéro de décembre dernier. Elle consolera les profs d'ici, du moins quelques-uns)...
Chers élèves, j'ai tout fait pour améliorer mon enseignement, mieux comprendre vos intérêts, vos difficultés... ma pédagogie a toujours été basée sur le respect de l'autre et des différences culturelles et sociales. Je ne vous ai jamais refusé mon aide, mais là, soudain, j'ai craqué. Le vide. Je donnais, je ne recevais jamais. Vous, les garçons, n'avez jamais dépassé votre machisme à quatre sous, gonzesse, nana, baisable... Vous, les filles, caricatures de la femme soumise, arrogantes avec moi, rampantes devant les caïds, quelle tristesse.
J'ai été hospitalisée chez les fous, eh oui. Pas un seul, aucune de vous ne sont venus me rendre visite. Quelques collègues, une maman... Maintenant je vais mieux. Mais quand je pense à vous, pas vraiment.
HÉLÈNE, la lettre est datée du 14 février - En ce jour de la Saint-Valeiltin je voulais vous dire que mon mari s'est pendu. Il a mis fin à sa peine profonde. Excusez-moi, je ne voulais pas vous embêter avec ça, mais il vous aimait bien.
On naît. On vit. On se reproduit. Puis on meurt.
Réponse, Je le savais déjà madame, quand j'étais petit on m'a raconté cette fable d'un roi qui demanda à ses conseillers de lui écrire l'histoire de l'humanité. Ils le firent en 500 volumes. Trop long dit le roi. Les conseillers résumèrent en cent volumes. Ecore trop long dit le roi. Dix volumes, deux, toujours trop long. À la fin l'un des conseillers dît au roi : « L'homme naît, souffre et meurt ».
Cindy MICHAUD (onze ans) de l'école Jeanne-LeBer - Hé, Cindy Michaud, j'ai lu ton texte dans le journal de la maison de la culture Marie-Uguay sur le fer à repasser de ton arrière-grand-mère qu'il fallait faire chauffer sur le poêle. Mais j'ai pas tout compris. C'est le fer à repasser ou la grand-mère qu'il fallait faire chauffer sur le poêle ?
Hé, Cindy Michaud, est-ce que, par hasard, ta mère ne s'appellerait pas Chantal Michaud ? Ben d'abord je la connais. Je l'ai rencontrée une fois, ça fait au moins cent ans, elle venait de passer au feu. Si c'est bien elle tu vas la reconnaître : dans ses poches il y a des graines de tournesol. J'ai écrit une chronique sur elle et ça s'appelait justement: Quatre graines de tournesol. C'est une chronique que je suis bien content d'avoir écrite. Embrasse-là.
Danielle LAREAU, du Groupe SECOR
- Vous avez parlé dans votre chronique d'un de nos collègues
chez SECOR, directeur-au-sein-de-l'unité-stratégie-qui-se-spécialise-dans-la-conduite-de-mandats-de-planification-ainsi-que-
dans-la-transformation-organisationnelle-en-plus-d'offrir-des-services-d'analyse-stratégique-et-d'intelligence-
demarché-dans-le-cadre-d'acquisitions-ou-de-désinvestissements.
Vous disiez: « C'est sa maman qui doit être contente ».
Cela nous a soudainement fait penser à nos mères, nous avons illico procédé à une enquête maison qui vous donne entièrement raison. À notre grand désarroi, 88 % de nos mères ne comprennent pas le type de travail que leurs enfants font chez SECOR, 67 % d'entre elles affirment qu'elles sont malgré tout fières de nous et 21 % qu'elles s'en foutent totalement (ce qui explique sans doute le comportement déviant de certains collègues).
Quoique pouvant paraître invraisemblable, à la lecture de la phrase alambiquée que vous avez citée, 99 % de nos employés comprennent ce qu'ils font. Les autres ont été mis à la porte.
Réponse: Je peux vous parler de cul deux secondes madame ? Quand j'étais en âge d'avoir des fantasmes, je manquais terriblement d'imagination, je rêvais de sauter - est-ce assez convenu - des bonnes soeurs dans des ascenseurs. Si c'était aujourd'hui, je fantasmerais assurément sur une spécialiste dans la conduite des mandats de planification. Dites-moi, est-ce qu'il y en a aussi des rousses ?
André BOISCLAIR, ministre de la Solidarité sociale - M. Foglia, votre article du 25 septembre dernier relativement aux adultes hébergés prestataires d'aide sociale est demeuré bien présent à ma mémoire...
Le 22 décembre, le Conseil des ministres a autorisé la prépublication d'un projet de règlement qui assouplira les règles d'admissibilité à l'aide sociale (pour adultes hébergés dans les centres de soins longue durée) à compter du 1er mai 2000.
Le montant des avoirs qu'un adulte hébergé pourra détenir au moment de faire une première demande d'aide financière passe de 151 $ à 737$
L'adulte déjà admis à l'aide financière et dont les avoirs liquides dépassent 2500 $ pourra redevenir admissible quand son avoir sera égal à 2500 $ ou moins, sans être astreint, comme auparavant, d'épuiser toutes ses économies.
Longue vie à l'amendement Foglia.
Réponse: Merci monsieur.
Et ne vous gênez surtout pas. Si vous manquez encore d'idées
pour améliorer le sort du monde, appelez-moi. On ne fera pas
un sommet pour ça.