Les voleurs d'équerre
On a peine à croire que cela se passe dans la métropole du Canada: le syndicat de la police de Toronto a mené auprès du public une campagne de financement par téléphone (télémarketing) pour amasser des fonds devant notamment servir à enquêter sur certains politiciens, ceux-là bien sûr qui refusent de se plier aux quatre volontés de la police. Les donateurs à la campagne de financement reçoivent un autocollant à apposer sur le pare-brise de leur véhicule, autocollant variant de couleur selon l'importanoe du don. Comme ça le flic qui arrête un automobiliste à Toronto, peut savoir à la couleur de son autocollant si c'est un vrai ami de la police!
Le maire de Toronto ne dit pas un mot de tout ça parce que son fils est, semble-t-il, vice-président de la compagnie de télémarketing qui organise cette campagne de financement...
Pincez-moi, quelqu'un. Dites-moi qu'on est à la Sierra Leone, en Guinée, en Moldavie, pas à Toronto, métropole de ce vaniteux pays qui se mêle souvent de donner des leçons de démocratie au monde entier.
Un syndicat de flics ramasse du fric pour faire chanter les politiciens, et le président de ce syndicat, loin de s'excuser, invite tous les syndicats de policiers du pays à l'imiter... J'imagine combien le projet doit faire frétiller d'aise son ex-homologue montréalais, ce cher Yves Prud'Homme, devenu récemment président de la Fédération des policiers municipaux du Québec.
À quand un Parlement composé uniquement de flics ?
Après les républiques de bananes menées par des généraux, voici que s'annoncent des temps nouveaux. Voici qu'on aura bientôt des raies-publiques menées par des troud'cul.
Sûr que M. Florent Gagné, directeur général de la Sûreté du Québec, s'offusquera de mes propos outranciers, lui qui trouve le langage pourtant châtié du rapport Poitras « un peu excessif »... Dans l'entrevue qu'il a accordée à mon collègue Yves Boisvert, dans La Presse de samedi dernier, M. Florent Gagné avance que « la plupart des policiers n'ont aucun dossier disciplinaire et sont très honnêtes». Il affirme que la déviance est sévèrement sanctionnée à la SQ, et raconte, à l'appui, cette édifiante anecdote. « C'est en tremblant que j'ai signé le congédiement d'un policier qui avait changé le prix d'une équerre dans un Ro-Na, pour économiser 12 $. J'hésitais, mais mes policiers me disaient: c'est une police, on n'a pas besoin d'un gars qui vole des équerres dans la police ! »
Votre histoire ne rassure personne M. Gagné. Personne ne pense sérieusement que les rangs de la police abritent un réseau de voleurs à l'étalage. Deux choses inquiètent dans la police, M. Gagné, et aucune des deux n'est les voleurs d'équerre.
Deux choses. La première, le cover-up dans les cas de fautes professionnelles. Exemple, la présente affaire des flics de Cowansville. Une fille se plante en auto, cause un accident avec blessés. Elle était ivre. Les policiers appelés sur les lieux reconnaissent la fille d'un de leurs collègues et lui bricolent un gentil petit rapport pour arranger ça. On est devant une faute professionnelle. J'entendais l'autre jour à la télé M. Prud'Homme reconnaître qu'il arrivait aux policiers, comme à n'importe qui, de commettre des fautes professionnelles, que les médias cessent donc d'en faire un sujet de scandale permanent...
Très bien. Sauf que le scandale n'est pas dans la faute professionnelle. Il est dans ce qui arrive après. Dans l'affaire de Cowansville, un des policiers a refusé de souscrire au cover-up, c'est là que c'est devenu scandaleux. Le dissident a été menacé, rejeté par ses collègues, abandonné par ses supérieurs. Et il ne s'est pas trouvé un boss, pas une seule autorité s y n d i c a l e , M. Prud'Homme, pour le défendre. Le scandale c'est ça, le silence dans les rangs. Le scandale, c'est cette culture mafieuse qui rejette le juste comme un déviant. Le scandale, ce n'est pas la faute professionnelle, c'est son avalisation par le clan.
Il est plus facile de congédier un voleur d'équerre que d'aller contre la loi du clan.
Quand un citoyen se plaint d'un abus policier, neuf fois sur dix, c'est le citoyen qui se retrouve accusé d'entrave à la justice, ou d'avoir résisté à son arrestation ou d'avoir causé du trouble sur la voie publique. Tout le monde sait que c'est un mensonge corporatif fabriqué pour étouffer la plainte du citoyen. Je me souviens de m'être rendu à un congrès de flics (à l'invitation de Duchesneau), et de leur avoir exhibé sur scène une victime d'abus policiers qui avait été molestée et insultée. Après ce témoignage, ils avaient été nombreux à me dire leur indignation, et ils étaient sincères. N'empêche qu'ils n'ont rien pu faire contre le clan. La jeune fille a été déboutée en déontologie.
Il est plus facile de congédier un voleur d'équerre que de suspendre un flic qui brutalise une citoyenne en la traitant de lesbienne et de chienne.
Deux choses inquiètent disais-je, la seconde c'est la fabrication de preuve. Le raccourci que prennent les soi-disant flics de l'élite pour coincer les grands criminels est un déni de l'État de droit.
Lucien Landry, Pierre Duclos, Dany Fafard, Michel Barry, quatre enquêteurs accusés d'avoir fabriqué de la preuve dans le procès Matticks, ont été tous les quatre acquitté par un jury.
Le voleur d'équerre n'a pas
eu cette chance.
QUESTION RADIOACTIVE - Mme Gagné une lectrice de Québec me reproche de ne pas avoir abordé dans mes papiers sur l'Irak le problème de l'uranium appauvri: « N'est il pas vrai que les cas de leucémies infantile ont considérablement augmenté en Irak ? »
Je n'en sais rien madame. La propagande irakienne dit oui. On nous a parlé aussi d'un très grand nombre d'enfants nés avec des malformations. Dans un hôpital de Bassora on en a même fait une sorte de musée des horreurs de très mauvais goût.
Mais aucune confirmation, aucun chiffre officiel du côté de l'Unicef ou de l'OMS (Organisation mondiale de la santé).
Pour le lecteur peu familier avec l'armement, l'uranium appauvri est utilisé poui renforcer les ogives des balles, les rendre perforantes. En principe l'uranium appauvri n'est dangereux que si on entre directement en contact avec, mais justement, sous l'impact, les ogives se pulvérisent en une très fine poussière qui reste en suspension dans l'air.
Propagande ? Peut-être pas totalement. Sur leurs bases, en Arable Saoudite, les Américains ont posé des avertissements prés de leurs dépôts de munitions: « Attention matériel radioactif ».